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Ce que je sais de Fernanda

Des fois, les larmes ne se voient pas

Des fois, les larmes ne se voient pas

 

Elle est née le 28 mai 1979, à Fort-de-France, en Martinique. Comme un cadeau offert un jour de Fête de mères, à son adolescente de daronne. Cette dernière est arrivée à la maternité de la Redoute, assise à l’arrière de la Chapi de celle qui deviendra sa soeur.

Ca y est, lecteur, je t’ai perdu.

Comme beaucoup, je ne suis pas une enfant désirée. Je suis un accident de parcours dans la toute jeune vie de ma mère. Elle a eu une histoire trop agitée, fréquenté les mauvaises personnes, et elle moisit en foyer de réinsertion. A 51 ans.

« On » m’a dit qu’elle traînait les rues, buvait de l’alcool, fumait de l’herbe. Je suis donc un miracle : un beau bébé, avec tout bien placé, et un énorme QI.
Quant à celle qui deviendra ma sœur, il s’agit de l’homonyme de ma mère. Son amie d’enfance. L’assistante sociale qui a fait son travail avec les pieds, m’a placée en famille d’accueil sur l’insistance de mes sœurs, parce que ça semblait une maison correcte. Il y a eu un jugement provisoire. La Justice m’y a oubliée. Aucun contrôle. Rien. Comme dans la maison de l’un de mes pères présumés, j’aurais pu y être battue et violée, personne n’aurait su.

Et personne n’a su, sauf ma sœur, que je passais de la violence physique à la violence morale. Et quand elle est morte, il y a 2 ans, j’ai appris que ma « mère adoptive » ne me voulait pas. C’est donc pour cela que je n’ai jamais été présentée comme étant sa fille, mais « comme la petite qu’elle a recueillie ». Comme son trophée. Sa bonne action. Et de fait, je lui suis « redevable » car, « sans [elle] j’aurais fini à la DDASS ». D’ailleurs, point de rébellion possible si tu ne veux pas « finir au foyer de Rivière l’Or » ! Elle m’a longtemps dit qu’elle ne m’adopterait pas parce que j’avais déjà une mère. En fait, c’est seulement parce qu’elle ne veut pas de moi. Et oui on va me parler encore de ma scolarité en école privée, de mes chaussures et mes robes de luxe. Oui, oui, oui. Très approprié quand tu vis en cité et que tu portes un uniforme. Je sais, je suis redevable …

Je ne connais pas mieux ma famille d’origine, tu sais. Celle dont je porte le nom. Je bénis ma tante religieuse et ses nièces pour tous leurs efforts d’intégration et l’amour enveloppant qu’elles me portent. Mais. Mais souvent, je ne me sens pas à ma place dans cette famille. Et elles n’y sont pour rien. Je me sens comme l’erreur de jeunesse, l’échec d’une éducation bourgeoise. Et encore, je ne sais pas vraiment. Comme dirait ma « mère », je suis « une demoiselle T.  »
Même ressenti du côté de ma famille paternelle. L’autre père, le petit bourgeois, pas le rasta. Même si ma daronne a beau dire que ce n’est pas mon père. Elle le déteste. Ou elle l’aime trop. Ce n’est pas de sa faute si ma grand-mère, honteuse, l’a exilé à Paris. J’ai fait sa connaissance à l’âge de 16 ans. Je regrette. Il peut crever, j’en ai rien à foutre. J’ai su à l’annonce du décès de mon grand père, il y a 2 mois, que ce dernier avait des sœurs. Voilà.

Voilà pourquoi la famille a un sens. Pourquoi j’en rêve. Pourquoi je me suis mariée avec le premier tocard qui m’a demandé. Pourquoi ce que tu penses être un petit bout de papier à la con, a une importance capitale pour moi. N’être vraiment la fille de personne. Devenir la femme de. Tâcher d’être une bonne mère pour.

Alors tu vois, côté émotions, j’ai le cortex préfrontal un peu saturé. Je suis une éponge. Je ressens les choses et les gens, je les appréhende, je les anticipe. C’est ça être surdoué. On n’est pas des bêtes de cirques, juste capables de résoudre des équations mathématiques de tête. Ma daronne le peut, elle m’épate. Moi, je suis archi nulle en maths. J’ai d’autres talents, t’inquiète. Mais les émotions, quel bordel.

Parfois, ça vous saute à la gueule comme ça …

Et donc dimanche soir, j’ai eu une réaction épidermique. Je devrais plaindre ma victime, mais je doute de son innocence. Un peu à cause de tout ce que j’ai expliqué plus haut (même si tu ne vois pas le rapport avec l’affaire), j’ai pris l’habitude de fermer la gueule à mes émotions, pour ne pas déranger, pour faire plaisir, pour ne pas … finir à Rivière l’Or, ou en foyer de réinsertion. Et ma raison, cette salope, prend le dessus. Elle est capable de me faire croire les pires trucs pour peu que mes émotions ferment leur gueule et restent coincées dans mes amygdales.
Mais tu vois, des fois, je m’attache aux gens. Les émotions sont en équilibre avec la raison. Je mens quand je dis que je me donne totalement. Je ne sais pas exprimer ma joie, autrement que par un sourire figé qui ressemble plus à un rictus. Et quand je suis triste, il faut bien plusieurs jours avant que j’aie une fuite urinaire oculaire. Ça me gonfle. Littéralement.

Dimanche soir, j’aurais préféré me prendre vingt fois un coin de porte dans le petit orteil plutôt que de lire/ressentir qu’on ne me faisait pas confiance. Parce qu’on dit que la confiance se mérite. Et mon cerveau de handicapée émotionnelle se demande forcément (quand la raison ferme sa gueule) ce que j’ai bien pu faire pour ne pas avoir mérité qu’on me fasse confiance. Ne suis-je pas respectable ? Alors parfois, ma raison, prise de remords, me dit que les gens normaux ont besoin de temps. Et je repense à mon Roudoudou qui me demande « du temps pour quoi ? lasser tes godasses ? »
Parce qu’en vrai, quand tu ressens les émotions des autres, encore plus fort que les tiennes, quand les situations semblent claires et l’horizon dégagé, tu ne comprends pas pourquoi tout n’est pas plus simple. Tu pourras venir avec toutes les excuses de la terre, je les entendrai. Et c’est aussi pourquoi je ne comprendrai pas que tu ne me fasses pas confiance.

Et c’est à cause de tout cela que je me sens aussi facilement rejetée. Que j’ai pris chaque SMS où tu penses t’expliquer comme une volée de coups de bâtons.

Et c’est pourquoi c’est le second été que je pleure ma sœur. Elle est morte en décembre. Mais les vacances d’été ont toujours été le temps de nos retrouvailles.

Et c’est pourquoi je veux vivre en Région parisienne. Parce, finalement, la ligne A du RER est mon refuge. J’ai eu l’espoir plusieurs fois de voir ses jambes nues et son genou crochu galoper dans les couloirs. C’est pourquoi j’ai peur d’aller dans le 9ème par crainte de ne pas la voir dans les rues, fouinant dans les boutiques, à la recherche d’une bricole pour moi.
Depuis elle, personne ne m’a fait confiance aveuglément. Je n’ai jamais eu à composer avec elle. Je n’ai jamais eu à lui être redevable (et pourtant, je lui dois la vie …). Elle m’a appris à ne compter que sur moi, tout en étant toujours dans les parages. Même le temps d’un été. Elle a cru dès mes débuts sur cette terre, en mon avenir et mes capacités. Son amour, malgré son absence physique a rendu ma vie féconde.
Pourtant, avec cette blessure purulente que tu as réveillée, mon ami, j’aurais bien besoin de ses mains chaudes qui me caressent l’intérieur du bras avant de m’envelopper dans les siens.

Désolée. Mon mode d’emploi n’est pas au point, ni même traduit dans toutes les langues. Mais en gros, je gère les émotions avec la maturité d’un enfant de 2 ans. Promis, j’apprends cet été, je me fais accompagner d’une étiothérapeute.

Alors si la confiance se mérite, qu’il faut laisser le temps au temps, que la pudeur est une vertu remarquable, et que pardieu, la patience est la mère des vertus, hé bien pardon de ne pas avoir les réactions respectueuses des convenances. Sur ce chemin, je marche peut être trop vite, et c’est peut être pour cela que je boîte. Peut être devrais-je fermer ma gueule et t’attendre ? C’est hyper difficile, ça … Je ne sais pas trop, avant je faisais juste l’effort de fuir. Vite et loin. J’ai envie d’essayer autre chose … Je suis preneuse de toute bonne idée.

PS1 : M’a fallu un effort de guedin pour écrire ça. Je me sens à poil un 14 juillet, debout devant la tribune présidentielle, sous les caméras de France Télévisions, là …

PS2: Désolée Epsilon, je pense que tu vas encore en bouffer des mes émotions « futiles ». Je t’aime quand même spèce de malpoli…

 
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Publié par le 2 juillet 2013 dans On est deux dans ma tête

 

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