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Histoire de mailles

12 Sep

Je suis gauchère.

Très gauchère. Quasi handicapée de la main droite. Mais de fait, avec l’âge, j’ai développé une légère aptitude à m’en servir. Mais on ne peut pas encore dire que je sois ambidextre.

Durant toute mon enfance, l’une de mes tantes a tenté patiemment et inlassablement de m’initier au tricot. Quand tu es gauchère, tu ne peux pas valablement travailler en miroir. Quelque soit la façon de prendre l’ouvrage, je ne m’y retrouvais pas. Ce fut pareil pour apprendre à lacer mes chaussures …

Cet été, j’ai rencontré une coach de vie méga géniale, Séverine Cadet. Elle avait promis de faire de moi une adepte du tricot. Une fabuleuse histoire de Snood and Cie, Fernanda Worldwide, tu vois … y’a vraiment des gens qui ont foi en moi (oui qui sont tarés. Ou les deux). Nous avons passé très peu de temps ensemble, et a priori ce n’était pas gagné. Elle s’est assise à mes côtés, et a commencé à monter les mailles. Quand je lui ai dit « Doucement, je suis gauchère », elle ne s’est pas démontée. « Pas moi, si tu n’y arrives pas, tu regarderas des tutos sur YouTube ».

Bam. Quand je te dis que c’était mal barré …

Et pourtant ! Lorsqu’elle m’a remis les aiguilles en me demandant d’essayer, pour la première fois de ma vie, je me suis sentie à l’aise avec mon ouvrage. Et je tricote, détricote et retricote.

Je pourrais m’arrêter là. Et toi de te demander l’intérêt d’un article sur « je tricote ».

Image

Plus je monte les mailles, les rangs, je les démonte et les remonte, plus je trouve que le tricot, c’est la vie. 

La première leçon que j’ai tirée de cette expérience c’est que bien souvent, on se met soi-même dans des cases. En l’occurrence, je suis gauchère. Mais la Vie fait un peu ce qu’elle veut. Mon objectif est de tricoter une écharpe pour cet hiver. Alors quoi, comme je suis gauchère et que je ne sais pas tricoter de la main gauche, on abandonne ? En essayant une autre manière d’envisager l’ouvrage, je me suis découverte une aptitude nouvelle. Et parce que mon cerveau malade comprend les choses comme il veut, je monte les mailles en point jersey au lieu du traditionnel point mousse des débutants.

J’ai donc appris, face aux problèmes, à les envisager d’une autre manière (la main droite), et laisser parler ma singularité (je suis ambidextre), afin que s’exprimer ma créativité (le point mousse).

C’est une leçon qui tombe à brûle pourpoint à l’heure où je travaille à mon changement de vie.

Dans ma recherche d’emploi, j’ai fait tout comme j’ai appris : un CV, une lettre de motivation, un réseau béton et des relances. Pour un résultat ma foi, pas brillant du tout. Je me donne le temps de réfléchir à ce que je peux faire de « ma main droite » et réagir de façon créative. Je suis certaine que je vais me surprendre …

Au tricot, je suis en phase d’apprentissage, je m’entraîne. C’est la raison pour laquelle je détricote puis retricote. J’ai envie que mon ouvrage final soit régulier et esthétique. Même lorsque le rang semble bien monté, je dois prendre la décision de le défaire pour recommencer. Le tricot est un apprentissage de la précision et de la patience. 

Ces jours-ci, je suis amenée à prendre des décisions, pour mes fils et moi. Je me dois d’être ferme (serrer les mailles). Je dois être ferme pour ne pas tout mélanger … J’ai lu ailleurs que l’amour c’est comme les enfants, ça arrive quand ça veut. Dieu que c’est vrai ! Et de fait, ça m’afflige ces jours-ci.

A une autre époque, je croyais aimer cet homme. Je me suis consacrée à l’accompagner dans son projet professionnel. Il n’avait aucun « bagage ». Je lui ai trouvé une formation qualifiante et les choses se sont enchaînées. Je suis restée mère au foyer. Et maintenant que lui vit sa vie sans se soucier de la mienne, j’en suis à galérer entre débuts de mois difficiles et chômage. Et en plus de cela, je dois me battre pour réclamer l’argent qu’il doit à ses enfants … Je ne regrette pas de l’avoir soutenu. Je ne regrette pas d’avoir profité des premières années de mes fils. Mais la maternité, moi, ça ne m’épanouit pas, ça ne me suffit pas. Et je ne suis pas suffisamment débrouillarde pour vivre une vie de galérienne. J’ai commencé ma vie dans la rue, je n’ai pas l’intention de l’y finir, vois-tu … Mes rêves n’ont rien à voir avec ce que je vis depuis 7 ans. La roue doit tourner, où je vais la démolir. 

Alors quand l’Amour se pointe, tu lui dis « ta gueule ». Tu te contentes de développer l’Amitié. Ça ne fait jamais de mal d’attendre et d’apprendre à se connaître. Et puis si les sentiments s’affadissent, c’est que ce n’était qu’un coup de coeur.

Je ne veux pas faire la même bêtise. Je pourrais lui demander de me faire, moi, aussi, profiter de son réseau. Mais aussi orgueilleux et stupide que cela puisse paraître étant donnée la conjoncture, j’ai envie d’y arriver par moi-même. Au tricot, tu es seule avec ta pelote, ton projet et tes aiguilles. Au pire, y’a des tutos … Mais les tutos ne feront jamais à ta place.

Et puis quand tu tricotes, tu ne peux pas dessiner, jouer de la musique, ou que sais-je, en même temps. Tu tricotes, à t’en faire mal aux jointures. Tu n’as pas les mains libres pour faire autre chose. Tu es entièrement consacrée à ton ouvrage.

Aujourd’hui, je dois changer de vie, pour mes fils et pour ne pas devenir folle.

Parce que j’ai des rêves à accomplir d’urgence.

Parce que j’ai envie de devenir celle que je suis et pas ce boulet que je ne suis pas mais que je traîne.

Parce qu’à faire plusieurs choses en même temps, on ne fait rien de bien et d’accompli. Ce n’est pas être immature que de faire les choses par étape …

Parce que je crois que l’Amour et l’Amitié, les vrais, savent attendre. Cet ouvrage, je veux le finir pour cet hiver et que je dois m’y consacrer pleinement.

Parce que je serais aisément en état de dépendance et que ça m’est impensable de revivre cela. Rien n’a changé pour moi. J’ai juste perdu une présence réconfortante.

Alors voilà, je prends les décisions qui s’imposent pour moi. Car je n’ai de comptes à rendre qu’à moi sur l’avancée de mon écharpe. Je tricote à mon rythme. Je suis seule juge de la qualité de mon ouvrage. Je m’impartis les délais que je veux. Je prends le temps que je dois.

Je m’intéresse à d’autres projets. Mais à tout vouloir mener de front, je ne réussirais rien de bon. Et ce projet là est important si je ne veux pas avoir mal à la gorge cet hiver … J’aurais le temps ensuite de me consacrer à la guitare pour jouer la sérénade dans le froid …

Voilà. Pour moi, c’est clair.

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5 Commentaires

Publié par le 12 septembre 2013 dans On est deux dans ma tête

 

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5 réponses à “Histoire de mailles

  1. morgane

    12 septembre 2013 at 13:01

    Salut cerveau malade.
    J’ai foi en toi ET je suis tarée, c’est ainsi.
    Go, girl, go.

    PS : quelle que soit et pas quelque soit 😀

     
    • lagrossefernanda

      12 septembre 2013 at 13:51

      Lol
      Quoi ? J’ai mal relu ? T’as vu comment je te fais bosser :p

       
      • morgane

        12 septembre 2013 at 13:56

        T’inquiète Fernanda, la facture est prête

         
  2. Colette

    12 septembre 2013 at 13:04

    Avance à ton rythme
    et tu vas nous faire de superbes tricots 😉

     

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