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Ce que je sais de Fernanda

02 Juil
Des fois, les larmes ne se voient pas

Des fois, les larmes ne se voient pas

 

Elle est née le 28 mai 1979, à Fort-de-France, en Martinique. Comme un cadeau offert un jour de Fête de mères, à son adolescente de daronne. Cette dernière est arrivée à la maternité de la Redoute, assise à l’arrière de la Chapi de celle qui deviendra sa soeur.

Ca y est, lecteur, je t’ai perdu.

Comme beaucoup, je ne suis pas une enfant désirée. Je suis un accident de parcours dans la toute jeune vie de ma mère. Elle a eu une histoire trop agitée, fréquenté les mauvaises personnes, et elle moisit en foyer de réinsertion. A 51 ans.

« On » m’a dit qu’elle traînait les rues, buvait de l’alcool, fumait de l’herbe. Je suis donc un miracle : un beau bébé, avec tout bien placé, et un énorme QI.
Quant à celle qui deviendra ma sœur, il s’agit de l’homonyme de ma mère. Son amie d’enfance. L’assistante sociale qui a fait son travail avec les pieds, m’a placée en famille d’accueil sur l’insistance de mes sœurs, parce que ça semblait une maison correcte. Il y a eu un jugement provisoire. La Justice m’y a oubliée. Aucun contrôle. Rien. Comme dans la maison de l’un de mes pères présumés, j’aurais pu y être battue et violée, personne n’aurait su.

Et personne n’a su, sauf ma sœur, que je passais de la violence physique à la violence morale. Et quand elle est morte, il y a 2 ans, j’ai appris que ma « mère adoptive » ne me voulait pas. C’est donc pour cela que je n’ai jamais été présentée comme étant sa fille, mais « comme la petite qu’elle a recueillie ». Comme son trophée. Sa bonne action. Et de fait, je lui suis « redevable » car, « sans [elle] j’aurais fini à la DDASS ». D’ailleurs, point de rébellion possible si tu ne veux pas « finir au foyer de Rivière l’Or » ! Elle m’a longtemps dit qu’elle ne m’adopterait pas parce que j’avais déjà une mère. En fait, c’est seulement parce qu’elle ne veut pas de moi. Et oui on va me parler encore de ma scolarité en école privée, de mes chaussures et mes robes de luxe. Oui, oui, oui. Très approprié quand tu vis en cité et que tu portes un uniforme. Je sais, je suis redevable …

Je ne connais pas mieux ma famille d’origine, tu sais. Celle dont je porte le nom. Je bénis ma tante religieuse et ses nièces pour tous leurs efforts d’intégration et l’amour enveloppant qu’elles me portent. Mais. Mais souvent, je ne me sens pas à ma place dans cette famille. Et elles n’y sont pour rien. Je me sens comme l’erreur de jeunesse, l’échec d’une éducation bourgeoise. Et encore, je ne sais pas vraiment. Comme dirait ma « mère », je suis « une demoiselle T.  »
Même ressenti du côté de ma famille paternelle. L’autre père, le petit bourgeois, pas le rasta. Même si ma daronne a beau dire que ce n’est pas mon père. Elle le déteste. Ou elle l’aime trop. Ce n’est pas de sa faute si ma grand-mère, honteuse, l’a exilé à Paris. J’ai fait sa connaissance à l’âge de 16 ans. Je regrette. Il peut crever, j’en ai rien à foutre. J’ai su à l’annonce du décès de mon grand père, il y a 2 mois, que ce dernier avait des sœurs. Voilà.

Voilà pourquoi la famille a un sens. Pourquoi j’en rêve. Pourquoi je me suis mariée avec le premier tocard qui m’a demandé. Pourquoi ce que tu penses être un petit bout de papier à la con, a une importance capitale pour moi. N’être vraiment la fille de personne. Devenir la femme de. Tâcher d’être une bonne mère pour.

Alors tu vois, côté émotions, j’ai le cortex préfrontal un peu saturé. Je suis une éponge. Je ressens les choses et les gens, je les appréhende, je les anticipe. C’est ça être surdoué. On n’est pas des bêtes de cirques, juste capables de résoudre des équations mathématiques de tête. Ma daronne le peut, elle m’épate. Moi, je suis archi nulle en maths. J’ai d’autres talents, t’inquiète. Mais les émotions, quel bordel.

Parfois, ça vous saute à la gueule comme ça …

Et donc dimanche soir, j’ai eu une réaction épidermique. Je devrais plaindre ma victime, mais je doute de son innocence. Un peu à cause de tout ce que j’ai expliqué plus haut (même si tu ne vois pas le rapport avec l’affaire), j’ai pris l’habitude de fermer la gueule à mes émotions, pour ne pas déranger, pour faire plaisir, pour ne pas … finir à Rivière l’Or, ou en foyer de réinsertion. Et ma raison, cette salope, prend le dessus. Elle est capable de me faire croire les pires trucs pour peu que mes émotions ferment leur gueule et restent coincées dans mes amygdales.
Mais tu vois, des fois, je m’attache aux gens. Les émotions sont en équilibre avec la raison. Je mens quand je dis que je me donne totalement. Je ne sais pas exprimer ma joie, autrement que par un sourire figé qui ressemble plus à un rictus. Et quand je suis triste, il faut bien plusieurs jours avant que j’aie une fuite urinaire oculaire. Ça me gonfle. Littéralement.

Dimanche soir, j’aurais préféré me prendre vingt fois un coin de porte dans le petit orteil plutôt que de lire/ressentir qu’on ne me faisait pas confiance. Parce qu’on dit que la confiance se mérite. Et mon cerveau de handicapée émotionnelle se demande forcément (quand la raison ferme sa gueule) ce que j’ai bien pu faire pour ne pas avoir mérité qu’on me fasse confiance. Ne suis-je pas respectable ? Alors parfois, ma raison, prise de remords, me dit que les gens normaux ont besoin de temps. Et je repense à mon Roudoudou qui me demande « du temps pour quoi ? lasser tes godasses ? »
Parce qu’en vrai, quand tu ressens les émotions des autres, encore plus fort que les tiennes, quand les situations semblent claires et l’horizon dégagé, tu ne comprends pas pourquoi tout n’est pas plus simple. Tu pourras venir avec toutes les excuses de la terre, je les entendrai. Et c’est aussi pourquoi je ne comprendrai pas que tu ne me fasses pas confiance.

Et c’est à cause de tout cela que je me sens aussi facilement rejetée. Que j’ai pris chaque SMS où tu penses t’expliquer comme une volée de coups de bâtons.

Et c’est pourquoi c’est le second été que je pleure ma sœur. Elle est morte en décembre. Mais les vacances d’été ont toujours été le temps de nos retrouvailles.

Et c’est pourquoi je veux vivre en Région parisienne. Parce, finalement, la ligne A du RER est mon refuge. J’ai eu l’espoir plusieurs fois de voir ses jambes nues et son genou crochu galoper dans les couloirs. C’est pourquoi j’ai peur d’aller dans le 9ème par crainte de ne pas la voir dans les rues, fouinant dans les boutiques, à la recherche d’une bricole pour moi.
Depuis elle, personne ne m’a fait confiance aveuglément. Je n’ai jamais eu à composer avec elle. Je n’ai jamais eu à lui être redevable (et pourtant, je lui dois la vie …). Elle m’a appris à ne compter que sur moi, tout en étant toujours dans les parages. Même le temps d’un été. Elle a cru dès mes débuts sur cette terre, en mon avenir et mes capacités. Son amour, malgré son absence physique a rendu ma vie féconde.
Pourtant, avec cette blessure purulente que tu as réveillée, mon ami, j’aurais bien besoin de ses mains chaudes qui me caressent l’intérieur du bras avant de m’envelopper dans les siens.

Désolée. Mon mode d’emploi n’est pas au point, ni même traduit dans toutes les langues. Mais en gros, je gère les émotions avec la maturité d’un enfant de 2 ans. Promis, j’apprends cet été, je me fais accompagner d’une étiothérapeute.

Alors si la confiance se mérite, qu’il faut laisser le temps au temps, que la pudeur est une vertu remarquable, et que pardieu, la patience est la mère des vertus, hé bien pardon de ne pas avoir les réactions respectueuses des convenances. Sur ce chemin, je marche peut être trop vite, et c’est peut être pour cela que je boîte. Peut être devrais-je fermer ma gueule et t’attendre ? C’est hyper difficile, ça … Je ne sais pas trop, avant je faisais juste l’effort de fuir. Vite et loin. J’ai envie d’essayer autre chose … Je suis preneuse de toute bonne idée.

PS1 : M’a fallu un effort de guedin pour écrire ça. Je me sens à poil un 14 juillet, debout devant la tribune présidentielle, sous les caméras de France Télévisions, là …

PS2: Désolée Epsilon, je pense que tu vas encore en bouffer des mes émotions « futiles ». Je t’aime quand même spèce de malpoli…

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21 Commentaires

Publié par le 2 juillet 2013 dans On est deux dans ma tête

 

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21 réponses à “Ce que je sais de Fernanda

  1. Colette

    2 juillet 2013 at 16:37

    Oh mais je suis certaine que nombreux sont celles et ceux qui ont confiance en toi. Les épreuves que tu as traversées ont fait de toi celle que tu es maintenant, à savoir une très belle personne, et pour ça, pas besoin de temps pour le voir, je l’ai su au moment même où on s’est rencontrées.
    Bisous ma belle.

     
  2. Anne C

    2 juillet 2013 at 17:00

    C’est beau ma Doudou, je suis fière de toi encore une fois.
    Et oui, tu t’es mise nue devant nous, mais c’est beau parce que tu ASSUMES 😉 J’ajoute rien !

     
  3. Hélène

    2 juillet 2013 at 17:28

    Ton histoire est belle même si des fois tu ne te sens pas à ta place, c’est une histoire a raconter, une histoire que tu pourras raconter a tes loulous car oui la vie est difficile mais elle fait ce que l’on est et donc la belle personne que tu es…sache que moi je te fais confiance et que ce que je te dis, quelques fois personne ne le sait…car tu es une personne honnête de confiance, qu’on aime aimer! Bisous ma belle, sois fière de ton histoire et de ta vie …et de tes convictions!

     
    • lagrossefernanda

      2 juillet 2013 at 17:35

      Merci pour ta confiance ma belle Hélène.
      Je sais ton coeur aimant malgré les épreuves qui te malmènent et je te remercie de ta confiance.
      Tu dis vrai : je me sens rarement légitime.
      Gros bisous

       
  4. LaBelette

    2 juillet 2013 at 18:38

    Il est temps que tu te rendes à toi-même, Fernanda. « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder ils s’habitueront ». L’amour n’est jamais un échec même si les autres ne nous le rendent pas toujours. Quelque soit son histoire, presque tout le monde sait ce que c’est que de se prendre un refus d’amour. Ton passé c’est la route de ton futur, tu ne peux ni la contourner ni la dévier, juste la gravir avec tes forces, tes faiblesses. C’est super fort de lire tout ça, et je me redis que l’adolescence est vraiment une époque terrible de non communication, chacun avec ses souffrances et ses doutes, seul et pourtant avec tant de gens autour !
    Gros bisous

     
    • lagrossefernanda

      2 juillet 2013 at 18:55

      Je retiendrai la citation du début.
      Merci ma Belette ♡
      Et tu as raison. Si je suis encore en vie c’est parce que j’apprends des râteaux que je collectionne

       
  5. paulasmack

    2 juillet 2013 at 19:51

    Super article ! franchement !

     
  6. laetitiamecijah

    2 juillet 2013 at 20:07

    Moi jte fais pas confiance a part pour faire chier mais c tres bien ecrit. Parfois ceux ki ont le plus de mal avec les emotions sont ceux ki les expriment le mieux. Jme sens un peu comme toi…. Sans vouloir me foutre a poil lol le pb c pas kon ne te fasse pas confiance, rien a foutre de ce ke les autres pensent puiskils ne savent pas dou tu viens….et ke sils savaient ils seraient tou dou…. Mais y a til vraiment des gens avec une vie parfaite…. Jamais vu, enfin c com un mec fidele lol… Jamais vu pardon.

     
    • lagrossefernanda

      2 juillet 2013 at 20:31

      Au moins une qui reconnaît mes talents ! Merci ! Si tu es constipée appelles Fernanda mdrrr

       
  7. Epsilon

    3 juillet 2013 at 05:56

    Merci pour ta petite dédicace ma chérie.
    God bless.

     
  8. laetitiamecijah

    3 juillet 2013 at 14:03

    Ben voila! Lol petite reconversion comme plus de prob de confiance lol pfffff on rigole d’un rien kan il fait bo

     
  9. Nath Apolline

    4 juillet 2013 at 08:37

    En larmes devant mon ordi…grosse résonnance…Fernanda, petite sœur de malheur, petite sœur de douleur…j’aurais aimé être là, pouvoir te serrer dans mes bras, contre mon cœur et te chuchoter des mots doux, des mots d’Amour, des mots pour rassurer l’enfant qui hurle en toi, en nous, et dans le cœur de tous ceux qui ont tiré la mauvaise main à la naissance…Un texte magnifique. Fernanda, tu es belle à poils 🙂 😉

     
    • lagrossefernanda

      4 juillet 2013 at 11:19

      Ma Nath … tu comprends mieux le temps que je prends à lire ton livre ?
      Gros bisous à toi aussi♡

       
  10. serge tisserand-poullet

    5 juillet 2013 at 03:29

    J’en ai eu les larmes aux yeux à la lecture de cette si triste histoire, mais si bien racontée que ta vie en est sublimée. Quel courage de s’être mise à nue ainsi, mais c’est sans doute ça qui t’empêchera de sombrer.. ».ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort »

     
    • lagrossefernanda

      5 juillet 2013 at 08:29

      Parler est le début de la guérison. Je suis armée. Mais je n’apprend que maintenant à me servir de ces armes. Avant je me contentais de reproduire les schémas connus. En route vers le bonheur !

       
  11. gnox

    7 juillet 2013 at 19:42

    j’ai pas tout capté et j’ai pas encore touché mon wom

     

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